Publication des devoirs.

mercredi 24 mai 2006, par Professeur Eddy Nonante

Rappelons l’intitulé du devoir proposé :

« Clément Ader, 1890, le premier humain à quitter le sol sur une machine volante. »

Cette proposition était évidemment fausse puisque le premier être humain à avoir survolé le plancher des vaches sur une machine volante n’était autre que notre compatriote Michel de Pigeon, aristocrate de Thy le Château, et ce, dés la fin 1830.

Le devoir consistait en la démonstration de la probité de cette affirmation méconnue.


Le devoir d’Antoine d’Antoing.

Professeur Nonante,

Votre proposition contenait explicitement sa propre preuve. En effet, comment voulez-vous que ce pauvre Clément ait jamais décollé du plancher des vaches alors qu’il y adhère ?!

Je pense qu’il n’y a rien à ajouter. CQFD.

Le commentaire du Professeur Nonante :

Cher Antoine,

Votre démonstration n’est pas mauvaise et même plutôt lucide s’il en est. Néanmoins, j’aurais aimé vous voir développer un peu plus votre argumentation. L’origine du nom, pourquoi son orthographe s’est-elle transformée au fil du temps, etc.
Continuez, votre postulat de base était intéressant.


Le devoir de Jean-Claude de Charleroi.

Professeur Nonante,

J’ai bon espoir qu’en participant à votre cours j’aurai le privilège d’obtenir les cotes nécessaires pour passer sans encombres les examens de fin d’année haut la main. En échange, si vous le désirez, je peux faire terminer les travaux que vous avez péniblement commencés dans votre villa de Knokke par quelques ouvriers amis.

Michel de Pigeon, bien qu’ayant vécu la plus grande part de sa vie dans sa seconde résidence de Thy-le-Château, est en fait né à Charleroi le 23 mai 1788. Tout enfant, il semblait prédestiné à une carrière de haut vol, non pas dans l’aéronautique, mais dans la politique. Ses harangues enflammées concernant la condition des paysans du cru lui valurent, dés l’âge de 16 ans, le poste honorifique « d’Echevin des mineurs d’âge » de la commune de Goutroux dont la famille de Pigeon détenait la baronnie depuis de nombreuses générations. Sa majorité atteinte, ce fut le poste de Premier Echevin qui entra dans ses attributions. Fondateur et directeur de quelques 17 sociétés regroupant les intérêts des plus démunis des villages environnants, il était considéré comme le bienfaiteur local. C’est donc tout a fait naturellement qu’aux élections suivantes il obtint le mayorat. C’est à cette époque qu’il fit modifier la devise du blason familial (or en fasce semé de grandes gueules) en : « Toujours plus haut ! ». C’est, au propre comme au figuré, ce qu’il fit. Parvenu à se faire nommer « Bourgmestre à vie », il se consacra à la recherche aéronautique pour, disait-il, « voir de haut grouiller ce petit monde du bas ». Le 2 décembre 1830, il présenta ses plans de « machine volante » au gouvernement provisoire de Belgique afin d’obtenir des subsides pour développer ce projet à des fins militaires. Mais son ascension fulgurante ne lui avait pas attiré que des amitiés. Certains membres véreux du conseil d’état perclus de jalousie s’ingénièrent à faire capoter ses espoirs. Il ne baissa pas les bras pour autant et sous les conseils éclairés de ses adjoints et amis, il mit au point une taxe communale extraordinaire destinée à financer la construction de sa machine. Le 22 du même mois, il fit son premier et dernier essai. Après avoir parcouru la distance honorable de 689 mètres en vol libre, une brusque bourrasque retourna la machine et la plaqua violement au sol. Michel de Pigeon eut le cou brisé devant quelques témoins de la scène, dont sa propre épouse, Estelle de Poulet. C’est ainsi que l’œuvre d’une vie, celle de Michel de Pigeon, roi du vol, fut portée aux sacs poubelles de l’histoire.

Le commentaire du Professeur Nonante :

Jean-Claude,

Je vous signale que vos petits camarades Jacques et Lucien m’ont remis exactement le même devoir que le vôtre. Voulez-vous bien me dire qui a copié sur qui ? Dénoncez-vous, bon sang ! Une fois n’est pas coutume !


Le devoir de Paulette de Pau.

Monsieur Quatrevingtdix,

C’est outrée que je vous écrit. Trouvez-vous intéressant de déblatérer ainsi l’Histoire ? Que cherchez-vous à prouver ? Que tous nos Grands Inventeurs furent belges ? Permettez-moi de vous dire que tout cela est d’un ridicule ! Passe encore pour votre goût immodéré, vous et vos compatriotes, pour l’humour grasseyant et vulgaire que vous développez à chaque coin de rue. Cela vous regarde, finalement. Mais que vous appliquassiez cette règle à l’Histoire et plus particulièrement à l’Histoire de France, cela, fichtre non ! Je ne puis l’accepter ! Vous nous avez déjà volé Johnny Hallyday, Raymond Devos et Jacques Brel, de grâce, laissez-nous Clément Ader et la vérité historique !

Je ne vous salue pas.

Le commentaire du Professeur Nonante :

Madame Paulette,

Tout d’abord, vous m’avez mal lu. Je n’ai jamais prétendu que Clément Ader était belge. Et en ce qui me concerne, vous pouvez vous le garder. Mais je suis désolé de vous contredire, l’Histoire n’est pas toujours celle qui est écrite dans les livres et il faut parfois se donner un peu de mal pour rétablir ces « coquilles du vainqueur ». Là est ma vocation et, ni vous ni personne, malgré votre évidente mauvaise foi, ne pourra m’en détourner. Que cela vous accommodasses ou non.

PS : Nous ne sommes plus à l’époque de Vercingétorix (et de sa défaite historique), mon nom est Nonante.


Le devoir de Meert de Pigeon d’Aalter.

Cher Professeur,

Suite à la lecture de votre premier cours magistral d’Impostologie sur le site de Facultés Universitaires de Belgologie, je me décide à vous envoyer quelques documents exclusifs concernant mon arrière arrière arrière grand père. En effet, je suis la dernière descendante directe du grand Michel de Pigeon. Lire un article le concernant en « surfant » au hasard sur Internet m’a beaucoup touchée. Voilà des années que je me bat contre les autorités française afin qu’ils acceptent de reconnaître la paternité du premier vol humain à mon aïeul. Jusqu’à présent, et malgré nombre de documents exceptionnels à l’appui, je me suis toujours heurtée à une fin de non recevoir. Je suis à la fois émue et rassurée de savoir que d’autres que moi se sont et s’intéressent encore au destin de cet homme exceptionnel que fut Michel au sein de ma famille. Ma lutte acharnée et mon grand âge ont fait de moi une femme fatiguée. Les choses en sont arrivées à un point tel que, pour éviter les pressions incessantes du gouvernement français pour que j’abandonne le combat, j’ai dû émigrer en Flandres et changer de prénom. Ici, je suis persuadée qu’ils ne me retrouveront pas. La barrière de la langue a toujours fonctionné ; il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête. Je laisse, à vous et à vos brillants élèves, le soin de rétablir les choses dans leur entière vérité. Personnellement, je n’en puis plus mais je sais que, grâce à vous, je peux m’éteindre le cœur en paix.

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Michel de Pigeon
Michel de Pigeon présentant son projet de machine volante au gouvernement provisoire de Belgique.
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Premier Essai
Premier essai de l’aile "de Pigeon".
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Accident
L’accident qui coûta la vie à mon aïeul.

Le commentaire du Professeur Nonante :

Chère et bonne Meert,

Votre témoignage est émouvant. Dieu sait combien je comprends les difficultés que vous avez dû éprouver au cours de votre existence. Elles sont mon métier et mon quotidien. Soyez assurée que jamais je ne baisserai les bras, dusse-je y laisser la peau de mes élèves. Je m’y engage.


Le devoir d’Edgard de Pau.

Professeur Neuvante,

J’ai pu lire le brouillon du courriel que ma femme vous a envoyé il y a peu. Je voudrais m’en excuser en son nom. Veuillez ne pas lui en tenir rigueur. La pauvre souffre de la maladie de Crohn et, pour l’instant, veuillez excuser la vulgarité de mon propos et si je puis m’exprimer ainsi, tout la fait chier. Je suis désolé de l’excessivité de ses arguments et vous prie, vous et vos compatriotes de l’en excuser.

Merci.

Le commentaire du Professeur Nonante :

Voulez-vous réellement mon avis ?

J’avais déjà oublié l’assertion de votre épouse, mais je trouve que vous vous excusez un peu trop, ça en devient condescendant.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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