Pour la première fois de ma vie, je suis allé à la capitale.

samedi 21 septembre 2013, par Raoul Tabie

Oui, j’ai été convoqué, à titre de témoin, à la barre du tribunal de Bruxelles, dans le cadre de l’affaire des déversements clandestins de déchets qui oppose notre doyen au propriétaire d’un terrain vague de Charleroi, dont la Spaque s’est également portée partie civile.
Pour m’y rendre, la route fut longue. Heureusement, le Professeur Glucorticoïde m’y conduisit, si non, je ne n’y serai jamais arrivé. C’est vraiment très grand Bruxelles !
Comme le Professeur ne pouvait m’attendre au tribunal, il me proposa de le rejoindre dans un bistrot proche de l’arrêt de tram « Ma campagne ». En tout cas, c’était là où je devrai descendre une fois la plaidoirie terminée.

L’audience enfin levée, je suis sorti du palais, j’ai traversé et attendu comme convenu à l’arrêt situé juste en face du tribunal.

Un tram affichant « 92 Fort Jaco » arrive, justement celui dans lequel je devais monter. Je pénètre dans la voiture et je suis frappé par la beauté de ce véhicule vicinal. Des sièges en cuir, dont certains en vis à vis pour faire la causette. Un confort de route et un silence, qui n’a rien à voir avec ceux que je prenais à l’époque où nous allions à Jemappes, maman et moi.

Je me suis assis près d’une dame et non loin d’où j’étais, j’aperçus de très jolies filles que je regardais langoureusement. A l’approche de l’arrêt suivant, l’une d’elles se leva et au moment de passer à ma hauteur, les haut parleurs ont annoncé « Louise ».

Quelle technologie ! Un tram qui parle et qui fait les présentations, jamais je n’avais vu ça !

Un bon nombre de personnes monte à bord, le tramway redémarre et je remarque une autre fille, encore plus jolie que la précédente. A peine me suis-je demandé comment une telle créature pouvait se prénommer, que la voix dans les haut-parleurs me dévoila son prénom : « Stéphanie ». Mais la machine se trompa de peu et corrigea instantanément : « Stephania ».

J’étais stupéfait ! Ce tram pouvait aussi lire dans mes pensées.

La jolie demoiselle, voyant le tram prendre la mauvaise direction, se leva et accouru aussitôt vers la sortie. Dans l’étourderie du moment, elle oublia son parapluie que je me suis empressé de ramasser afin de le lui remettre et surtout, il faut l’avouer, faire sa connaissance.

Mal m’en pris, au moment où je voulais descendre pour suivre cette gazelle, emporté par la foule, je me suis retrouvé debout au milieu du tram.

Il y avait un homme, l’air patibulaire, qui me fixait droit dans les yeux. Je crus qu’il allait me battre tant son regard était perçant. Je me suis dit « Qui est-il ce gars pour me toiser de la sorte ? » et à ma grande surprise, la voix du tram me répondit « Feider ».

Espérant amadouer ce mastodonte, je lui dis, tout en voulant lui serrer la main : « Enchanté monsieur Feider ». Mais celui-ci me grommela quelque chose dans une langue inconnue, que je n’avais jusque-là entendue qu’à la télévision, au moment où celle-ci interrogeait des membres de la NVA.

Le temps passait et heureusement, mon bourreau descendit à l’arrêt suivant. J’étais soulagé et je pus m’assoir à nouveau sur une de ces somptueuses banquettes de similicuire.

Tandis que nous remontions la chaussée, bercé par le roulis de cet engin fabuleux, un homme s’installa juste devant moi. Je le reconnus immédiatement, mais j’avais oublié son nom. L’homme me fit signe, voulant lui rendre le salut je fis « Bonjour monsieur.. euh... » j’avais un trou de mémoire, mais la douce voix qui venait du ciel vint à ma rescousse et me dit « Janson », « Oui, bonjour monsieur Janson ! ».

L’homme éclata de rire et moi, j’avais un peu honte de m’être fait gruger de la sorte par une boîte électronique sans âme. Enfin, je me suis souvenu que c’était le Professeur Van Trouvé de notre belle faculté.

La conversation s’engageait, je lui fis part de mon étonnement quant aux performances techniques extraordinaires de ce transport hors du commun. Celui-ci se mit à rire de plus belle et me demanda « Où descendez-vous ? ». J’avais, encore une fois, oublié nom de l’arrêt où je devais descendre, quand la machine m’est à nouveau venue en aide en me soufflant « Ma campagne » et puis ajouta quelque chose dans cette langue que je ne comprenais toujours pas.

J’étais méfiant, mais constatant qu’elle ne s’était pas trompée cette fois, j’interpellai mon auditeur « Vous voyez, le tram a répondu. Je descends bien à Ma campagne. C’est surprenant, n’est-ce pas ? ». Mais mon adversaire me regarda de plus haut encore et me fit, d’un ton condescendant, « Vous êtes un grand habitué de la capitale à ce que je vois. Ma campagne, c’est l’arrêt suivant ! Je présume que vous avec rendez-vous avec ce cher Professeur Glucorticoïde ? ».

Ca alors ! Lui aussi pouvait lire dans mes pensées.

De ce fait, je suis descendu avec lui et je l’ai suivi jusqu’à mon lieu de rendez-vous tout en ayant entête que des pensées positives à propos notre Faculté Universitaire de Belgologie. Et surtout, en faisant bien attention de ne pas penser aux câbles que j’ai dérobés dans la réserve, à l’argent que j’ai volé dans les caisses de la cantine et au vin que j’ai bu en cachette dans les caves de la FUB.

Telle fut ma première journée dans notre capitale.


Dites mon cher ami, ce sont les noms des arrêts que la voix annonçait.

Quand vous aurez fini de faire le pitre, vous viendrez nettoyer les cochonneries que vous avez laissées dans les caves lors de vos récentes beuveries ! Et je vous prierai de restituer l’argent des boissons.

Merci,

Le Doyen Faisant Fonction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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