Mère Grand, pourquoi as-tu de si gros logos ?

Paru dans CROSSROADS #40, février 2006

jeudi 16 février 2006, par Professeur Rudy Van Trouvé

... et offet à nos élèves

Nous, Professeur RUDY VAN TROUVé, collaborons tégalement à un magazine français de rock et de cinéma nommé CROSSROADS, pour le seul plaisir.

Dans le numéro de ce mois de février 2006, nous publions un long article qui a pour thème nos recherches Facultaires ( non je ne me tairai pas !) sur ce vice qu’est la publicité "cachée" dans les films.

Certes, au départ, le phénomène n’est spécialement Belche. Mais à bien lire nos conclusions Universitaires (non, j’ai dit !), nos élèves verront que nous y parlons beaucoup de la Belgique ô ô Mère Tarie ....

Qu’est-ce qu’un film ?

Recette : pour faire un film, il faut 1) une histoire même minimaliste 2) un scénariste qui découpe cette histoire en séquences et en plans 3) un metteur en scène, quoique ... 4) des acteurs 5) toutes sortes de techniciens et d’ordinateurs et de machines 6) des hôtels où loger tout ce petit monde 7) de la bouffe ... 7) des télés serviles qui assureront la promo.

Et enfin, notre cerveau, là où loger tout ce petit monde !

Qu’est-ce qu’un film ?

Un bout de plastique, et de plus en plus souvent, des 0 1 0 1 0 1 sur un disque dur. Ce machin est "projeté" dans une salle en 89 point 1, ou encore "passé" à la télé, ou encore "gravé" sur une rondelle nommée dvd.

Qu’est-ce qu’un film ?

Un moment que le spectateur lambda s’accorde : pour rire, pleurer, réfléchir, s’éblouir, se distraire, oublier, ne pas oublier, et 8 fois sur dix, se faire chier.

Seulement il y a un hic, un grain de travers sur la pellicule. Un film, ça coûte cher à fabriquer ! Du coup, depuis des siècles, une Lumière ( !) s’est allumée dans le cerveau gavé du producteur : et si on mettait de la puuub’ dans le film, hein ?

Les films sont bourrés de pupube à sa mémère. Jusqu’à la nausée visuelle, quand vous commencez à dégueuler vos pupilles sur le fauteuil de la voisine ou dans votre brouette de pop-corn. Presque TOUS les films. Succès garanti pour les firmes, puisque le film a depuis longtemps quitté son statut de voyageur momentané dans nos cerveaux graveleux : y a vraiment beaucoup de gens qui prennent les films pour la réalité tant leur propre réalité pas si propre les insupporte. Les vidéo-shops sont légions, ils répondent à un besoin bien dur à évacuer : FUIR. Quitte à retrouver dans le dévédé les mêmes choses qu’on essaye de fuir : les pûûûb’.

Dans le cas d’une nullité comme TAXI de monsieur L.B., on comprend : ils cassent des autos à tous les coins d’images, donc demandons à PEUGEOT de nous en filer un bon paquet.

Dans le cas du film de COSTA GRAVOS : LE COUPERET, on comprend moins ! Un peu trop plus moins, d’ailleurs. Le propos de cette péloche, adaptation édulcorée d’un roman très noir du génial WESTLAKE, se veut radicalement contestataire : un cadre, super bien joué par JOSE "lieutenant" GARCIA se met à flinguer tous ses concurrents afin d’obtenir le poste convoité. Fort logique, et fort bien vu : Mr GRAVOS veut nous montrer que la société capitalistique et colle-au-drame est une mangeuse d’hommes et de femmes et de gosses. Alors ? Pourquoi ce metteur en dernière cène a-t-il fait appel à la pub cachée, dans un film soi-disant de gôche ? Le serpent se bouffe la queue, non ?

Faites un exercice pratique. Louez le dévédé du film, et observez bien. Les putes cachées y sont légion ! Et très faciles à repérer. Car ce navet français de nom a été tourné à 90% en Belgique avec le pognon d’une société à 80% étatique nommée : WALLIMAGE. Tu fais la promo de la Wallonie et de ses produits et de ses patrons, on te file du blé, et une 33 en rab’ !

Exemple 1 : José Garcia (mais je l’aime, lui !) a cassé son auto. Il veut la faire réparer. Il va chez son voleur de garagiste, situé en France. Gros plan sur le téléphone BELCAGOM, à savoir une télécom typiquement belge.

Exemple 2 : José fait ses repérages devant la maison d’un concurrent à trucider, en Belgique. La bagnole du facteur est celle LA POSTE, la jaune oui !, donc la bagnole d’un sponsor français du film ... en plus, c’est gros comme une baraque !!!!

Exemple 3 : en France, José va passer plusieurs coups de film dans des belges cabines téléfoniques BELGACOM.

Ad libitum. C’est assez vicieux, comme plan ! Car le film de Mr GRAVOS, censé nous faire prendre conscience d’une situation horrible et réelle, en des termes presque syndicalisants, assure en fait la promo de firmes. Et pas n’importe lesquelles. Ces sociétés sont d’anciennes sociétés nationales qui soit ont été vendues au secteur privé, soit vont l’être. LE COUPERET, film français tourné en Belgique est vraiment border-line dans tous les sens du terme, et il m’a coupé les jambes.

Ad nauseam. Avez-vous vu BRASSED OFF, un chouette petit nanar engliche, vers les années 90 ? On a à l’époque comparé son créateur à KEN LOACH pour la teneur sociale de l’histoire : accents savoureux, acteurs inconnus ... mais marques connues ! Archi connues ! Ainsi, la femme du héros prolétaire bosse dans une supérette. Donc, un bon paquet de scènes y trouvent place, même et surtout des plans inutiles à l’évolution du scénario, mais qui permettent habilement de nous graver dans le cerveau 0 1 0 1 0 1 le logo de la chaîne : SPAR. SPAR ? On épargne quoi ? Pas notre bonne foi de spectateurs en tous les cas ... Et si vous voulez savoir sur quelle pellicule le film a été monté, c’est pas compliqué : AGFA, les héritiers du nazisme. Parce que dans la supérette, la caméra lèche littéralement les boîtes de pellicule AGFA placées sur les gondoles ... Film de gôche ? J’ai bien entendu ? J’ai bien vu ?

Addenda : connaissez-vous ROBERT GUEDITRUC ? Ca, mon ami, c’est un filmeur d’esstrême-gôche quasi ! Regardez à nouveau MARIUS (et Jeannette, au passage) : dans tous les films de de GUEDIGIAN, on aime un peu trop plus le MARTINI et les biscuits PRINCE. Pauvre DARROUSSIN détroussé !

Oh j’aime encore de bien de regarder un petit de film de temps en temps, savez-vous ! Mais, voilà : à la maison, le cinéma, les k7, les dévédés, c’est le rayon de madame, la spécialiste en images animées. Le soir quand vient le soir vespéral, madame me demande : tu as encore passé ta journée devant TON genre d’écran, on se regarde un bon petit film ? Celui que j’ai loué ?

Pourquoi pas ?

Cette fois-ci, madame a loué PODIUM , avec notre tic national, j’ai nominé BENOÎT POELVOORDE . Ce rôle était je crois son ... 16ème. Moi, j’ai refusé d’aller le voir à sa sortie en salles, ce film. On en parlait trop pour que ce fût honnête ! Trop consensuel pour l’être supérieur et super-rieur que je crois d’être. M’enfin, madame et mon fils avaient tété le visionner en son temps, déjà reculé. Madame adore, parce que ce film lui rappelle "son époque." Moi, quand j’étions m’ptit, j’avions une tante qu’étions amoureuse d’un sosie de Clo-Clo. Déjà je trouvais l’affaire clo-cloche, sordide, sombre tant il s’est en effet avéré que son crétin de sosie, en réalité une saucisse !, n’a jamais gagné un rond sonnant (ni trébuchant ah ah ah !) Allez, je peux comprendre qu’il soit assez bien vu d’écrire un scénario où le personnage principâle sait qu’il ne se prend pas pour un autre, en l’occurence : un salopard qui écuma les ondes, les blondes, les rondes, les maigres. Un colérique qui créa "ces années-là" un mythe parfaitement morbide et pornographique autour de sa très petite personne obsessionnelle. Intéressant vraiment, ce je de faux-semblants, d’effets de miroir,cette collection de sosies. Pitoyables en effet, tous ces gens qui ne sachant pas qui ils pourraient être, décident de jouer à être un autre, à faire comme si.
ON DISAIT QU’ON JOUAIT A ETRE ?

Or, monsieur MOIX le metteur en scène, qui se prend volontiers pour un comique metteur de merde, c’est avec nos pieds, nos yeux et notre cerveau, qu’il joue !!!! Cet Hitchcock de 23ème zone pousse le jeu du faux-semblant vachement loin loin loin ...

Est-ce bien une comédie, ce que nous regardons là ? Sous le prétexte que BERNARD FREDERIC, son anti-héros, est fauché, il habite en permanence dans une maison-témoin. Et bien : impossible d’ignorer que la société NF a financé le film, car ce logo est filmé une bonne dizaine de fois tout au long du film, en gros plan, en zoom, en travelling. Ok ok ok ok : un film, c’est dur à monter ... un peu de sous à gauche à droite, pourquoi pas, hein ? Mais quand le propos de la pellicule (et les pellicules ça tombe sur les épaules ...)est l’évolution d’un pauvre type de la classe moyenne, son rêve d’échapper à sa condition middeule classe, il y a un certain culot à rappeler au spectateur qu’il demeure avant tout une pauvre cloche qui jamais ne se payera rien d’autre que l’une des maisons kinder surprise ... (pub cachée de Samain ! alerte !)

Hein ?

La très jolie Julie Depardieu n’arrête pas d’offrir des biscuits LU à son gamin. BERNARD FREDERIC porte des jogging ADIDAS ou autres.

Lors d’une scène de chansons, misteure MOIX ( des millions de spectateurs baisés, et moix et moix et moix ...) atteint un sommet de vulgarité manipulatoire. BERNARD FREDERIC doit présenter son show dans une pizzeria. Cependant, le patron du resto Tuuuuuut n’a pas prévu de ... PODIUM. Alors, Bernard et ses Bernardettes vont danser et chanter tout seuls sur le parking. Oui mais quel parking ! Un parking où se trouvent un magasin MAXI-TOYS ( si je me souviens bien) et un magasin DARTY. Naturellement, la caméra s’attarde amoureusement sur les enseignes allumées en pleine nuit. Et pire2pire ! La chanson est montée comme un trivial clip : rapide, nerveux, mouvementé ! Entres des images de Benoît le Funeste et des zoom de culs, MOIX a inséré plusieurs fois le logo DARTY et le logo MAXI TOYS (si je ne me trompe pas) pour faire psyché. Signifiant ainsi aux spectateurs leur condition de consommateurs de base : votre rêve à vous, il est là. Votre échappatoire ? Y en a pas : retournez vite à l’hyper vipère oublier le chômage.

MOIX tu es une franche crapule. Tu n’as pas été capable de trouver du pognon propre pour réaliser tes petits cacas en 24 images. On devrait te rendre responsable de l’entièreté de ton propos, y compris les messages capitalistes que tu nous balance dans le cerveau ! Faussaire va !

Dans la première partie de cet article, j’ai tenté, à l’aide de MES mots, de montrer que, avec l’assentiment pervers des metteurs en chaînes et des boîtes de prod (crotte ?), le véritable message de 90% des films est : consommez, il en restera toujours quelque chose dans notre compte en banque à nous. J’ai voulu dire que, toujours inacceptable, la pub cachée n’a rien d’étonnant au beau milieu d’un film commercial (ex : LE BOULET), qu’elle devient un peu casse-popcorn dans un film d’auteur mignon (ex : la VW BEETLE jaune omniprésente dans APELIE MOULAIN), et carrément violeuse dans une bobine dite de gôche.

Dans cette partie, je vais essayer de vous refiler quelques trucs pour traquer l’alien fétide.

1) La pubbeu cachée se planque surtout dans les films que nous regardons le plus : les amerloques et les frenchies. Dans les disons 10% de films vraiment exotopiques, je ne sais pas.

2) La pioube apparaît parfois dès le générique. Et je ne parle pas ici des habituels remerciements assez discrets je trouve aux fringues Bazar et aux parfums Trucos et au coiffeur Danleku. Les fameux bêtisiers de fin de séance sont souvent une excellente occasion. L’acteur cool à la répète qui boit un Caca Collant ou fume une Gypsie par les deux bouts de l’orteil, tu vois genre on se détend entre deux prises.

3) La plupart du temps, la scène qui porte un alien au diable en son sein est : soit parfaitement inutile au scénario et à l’intrigue, soit utile mais filmée de manière à nous glisser au creux du cerveau reptilien un cookie valable jusqu’en 2036.

4) Voici quelques enfroits où y a dlapioube :

- les façades des magasins

- les portes des bistrots

- les couloirs des écoles et des commissariats

- les poches des vestons

- les tables

- les bouches

- la rue en général

- les étagères

5) Quelq’un m’a rétorqué : oui mais c’est la vraie vie, ça, alors quoi ?

Certes. Bien vu. Mais ce que tu n’as pas vu, mon gaillard, c’est que :

- tout le monde fume des Marlboro dans ce film, que tout le monde note des numéros de portable sur des paquets de Barclay, que tous les gosses mangent des Danone, que tout à coup tout le monde a envie de boire un casier de Budweiser à chaque plan, que tout le monde se pépare une soupe Knorr pendant 10 minutes, que Djamel aime vraiment beaucoup apporter du Dixan au vieux monsieur, et sans ce genre de fixette grossière, le film eût été au moins aussi un peu trop plus moins bon !

6) Les techniques mises en place pour faire voir le produit qui a payé le film ou la coke de l’attachée de fesses sont pourtant énormes.

Quelques exemples.

On sait que les scénarisibles des films français sentent le vieux grenier. Il leur faut donc des "raccords" passe-partout. Un lieu rêvé est le troquet. Donc : on va ouvrir la battante du bistrot 25 fois, avec gros plan sur les tickets-repas. Ou alors, il va pleuvoir, et les deux amants déchus vont se regarder à travers la vitre mouillée, avec travelling lent qui partira de l’autocollant Loto jusqu’aux yeux de l’amant, avec en arrière-plan un clignotant Kronenbourg, car c’est la nuit tu penses ! (L’arrière-plan est un endroit parfait pour les pubs). Un autre lieu de perdition est naturellemnt la main de l’actrice, une véto qui reçoit sans cesse des appels sur son Nokia, et d’ailleurs, s’il y a moyen de nous montrer le message du client sur l’écran ... ou bien l’économiseur d’écran Sony ... Pierre Arditi, ça tombe bien !, va fumer encore plus qu’hier des gitanes à chaque scène de cul, de désespoir, de rire, et mieux : il va de nombreuses fois prononcer des phrases comme - Merde je n’ai plus de Gitanes, faut que j’aille en acheter chez (je sais pas, moi, Franprix ! (Chéri tu passerais pas d’abord ton Adidas ? Tu vas pas aller chez Carrefour en Eminence, non ?) Là-dessus, Pierrot revient avec un sac Cora, et comme il arrive pas à tourner la clef de l’appart, on nous révèle le poignet qui porte une Rollex ...

Les ricains procèdent grosso-mode de la même manière. Bien qu’ils aient leurs spécialités locales : Macdo, Coca, logos de bagnoles, clopes, bières. Un de leurs talents, c’est les grands panoramiques de New-York avec zoom sur les panneaux lumineux (voir SUPERMAN). Les godasses Nike (SUPERMAN again, qui ne combat QU’AVEC des Nike aux pieds, et justement, les lacets se défont faut les refaire ...) Le b-a-ba d’une péloche outreatlantiqueuse, c’est le distributeur de Pepsi, au commissriat (Tiens, j’ai soif ...), au bahut (Tu me payes le nouveau Fanta light ?). Même un film cultissime et génialissime comme BLADE RUNNER, dont l’action se situe vers un peu trop plus un lointain futur, est ful full full de pioube, nous montrant ainsi que, non, on n’en finira JAMAIS avec la diseuse de bonne consommation. tiens ! je me demande : combien d’IPOD dans le prochain STAR WARS ? (Chacun sait que Lucas s’est battu avec Steve Jobs, le boss de Apple, et que au bout du compte, Apple a racheté les studios Pixar. Je bosse sur un Mac, une excellente machine, mais la pub Mac est vraiment dans environ 2 films sur 3 en ce moment.)

En vrac, quelques cachettes : gros plans sur des médicaments, gros plans sur des parfums, gras plans sur des appareils hi-fi, ordinateurs Apple qui traînent partout, X-box à profusion, stylos Parker, j’en passe, bouffe pour chats et chiens, chips, snacks (Mars la joue bien !), frippes, sous-vêtements passés et repassés ... bon stop !

Pour terminer, voici l’exemple le plus vulgaire, déjà cité plus haut : dans APELIE MOULAIN, on nous gratifie de paysages de Montmartre sousex ou surex, pour faire nostalgie jolie. Toujours toujours cette Beetle jaune qui traîne dans le coin, et y a qu’elle dans cette rue ! Merde alors ! Euh ... vient de quel milieu ce réalisateur adulé ? Et bien, il a commencé et continue dans la pub, son vrai boulot !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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